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LA FAMILLE, UNE PRISON EN PAYS MANINKA ?


Je suis né il y a quelques décennies. Je suis, au moins deux fois, majeur. Malgré tout, ma famille veut, coute que coute, tout choisir pour moi : des choses les plus futiles aux choix les plus déterminants de ma vie. Si ce n’est mon père, c’est ma mère ou mes frères et sœurs qui remuent ciels et terre pour me dicter une conduite. Combien de fois il m’a été dit des phrases du genre : la fille avec laquelle je t’ai vue la dernière fois n’est pas de ton genre, quittes-la ; non, tu ne peux pas faire de la musique, notre famille n’est pas griotte ; j’ai attaché un cordon au bras de la fille de ton oncle qui vient de naitre, c’est elle que tu épouseras ; pas question que tu deviennes avocat, cherche un autre métier ; la manière dont tu étais habillé l’autre jour n’est pas digne de toi… ?

On dirait que ces gens connaissent, mieux que moi-même, ce que j’aime et ce que je n’aime pas ; ce qui est bon pour moi et ce qui ne l’est pas. Mais, en fait, ils sont guidés par une vieille (donc une sacrée) pensée dans les communautés africaines. Ces dernières savent qu’à l’image d’une équipe de football, quand un membre de la famille réussit, c’est toute la famille qui réussit.

En termes clairs, chez nous, l’individu n’existe pas. Tout est collectif, tout est société. Ce qui, en soit, n’est pas mauvais. Mais l’envers du décor est que cette société vous observe, vous épie à tel point que vous ne vous habillez que pour elle. Vous ne travaillez que pour elle. Vous vivez, nullement pour vous, mais pour elle. Elle vous oriente, trace votre chemin, décide de votre avenir, choisit votre destinée, bref, dispose de votre vie.

Là-bas, on ne connait pas le succès individual. Il ne peut-être que familial, voir communautaire. Et, il faudrait se l’avouer ici et maintenant, cet état d’esprit est un obstacle majeur à la réussite matérielle de bon nombre de gens sur le continent.

Ceux qui dissent non aux pensées uniques sont ceux qui font l’histoire. Je ne vous donnerais pas d’exemples mais regardez autour de vous : ceux qui ont accompli de grandes choses sont ceux qui ont bien voulu sortir des sentiers battus. Ils ont mené leur part de rébellion contre les dictats sociaux, ils ont tracé leurs propres chemins : ils se sont échappés de la prison de la « la famille », de la « communauté ».

En rédigeant ces lignes, mes pensées vont à celles et ceux qui se sont mariés pour la « société ». Ils ont épousé des hommes ou des femmes choisis par la famille. En d’autres termes, ils se sont resignés à vivre une vie qui n’est pas la leur mais, peut-être, celle de la famille, celle des parents.

 

Kareefa


 

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